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On parle souvent de mécaniques de jeu — draft, deck-building, placement d’ouvriers — pour décrire ce qu’on fait autour de la table. Mais il existe un autre élément, plus discret, qui influence tout autant l’expérience : la structure de jeu.

Deux jeux peuvent utiliser des mécaniques très proches… et pourtant produire des sensations radicalement différentes, simplement parce que la partie n’est pas organisée de la même façon. Campagne, manches, score final, course, temps réel : ce sont des choix d’architecture qui façonnent la progression, la tension et même l’ambiance entre les joueurs.

Dans cet article, nous allons passer en revue les principales structures de jeu et surtout apprendre à les repérer facilement, afin de mieux choisir un jeu adapté à votre groupe.

Pour la méthode complète (formes, mécaniques, structures, dynamiques, intention), vous pouvez aussi consulter notre guide pilier : Comment classer les jeux de société ?

Qu’est-ce qu’une structure de jeu ?

Une structure de jeu décrit la manière dont une partie est organisée à grande échelle. Elle ne dit pas ce que vous faites tour par tour — cela relève des mécaniques — mais comment la partie se déroule du début à la fin.

  • comment la partie s’écoule dans le temps (manches, phases, temps réel…) ;
  • comment elle se termine (score final, course, objectif déclencheur…) ;
  • si chaque partie est indépendante ou liée à une progression (campagne, legacy).

Pour bien distinguer les niveaux, l’article Les mécaniques de jeu complète celui-ci : mécanique = décisions locales, structure = architecture globale de la partie.

1) One-shot, scénarios, campagne, legacy

La première grande distinction concerne la progression. Le même type de jeu peut devenir plus ou moins engageant selon la façon dont les parties s’enchaînent.

  • One-shot : chaque partie est autonome, on repart de zéro à chaque fois.
  • Scénarios : des modules indépendants, parfois reliés par un thème ou une histoire.
  • Campagne : une suite de parties liées, avec évolution des situations ou de la difficulté.
  • Legacy : une campagne avec des changements permanents du jeu (matériel modifié, cartes retirées, règles qui évoluent).

En pratique, ces structures influencent fortement le ressenti : on joue davantage pour voir la suite, on accepte plus facilement l’échec, et l’attachement au jeu devient plus durable.

2) Manches, phases et simultanéité : le rythme

La structure définit aussi le rythme de la partie, c’est-à-dire la façon dont l’attention et la réflexion sont distribuées dans le temps.

  • Manches / rounds : la partie est découpée en cycles répétitifs.
  • Phases : chaque moment impose un type de décision (production, action, entretien…).
  • Tours simultanés : les joueurs choisissent en même temps, ce qui accélère le jeu.
  • Temps réel : le temps devient une contrainte structurelle à part entière.

Un jeu en tours alternés favorise souvent le calme et la planification. Les structures simultanées ou en temps réel créent au contraire une énergie plus vive, parfois plus chaotique.

3) Score final, course, victoire immédiate

La manière dont une partie se termine influence la tension du début à la fin.

  • Score final différé : la majorité des points sont comptés à la fin.
  • Scoring en cours de partie : les points tombent régulièrement, souvent plus lisible.
  • Victoire immédiate : un objectif déclenche instantanément la fin.
  • Course : le premier à atteindre un seuil gagne.
  • Élimination : un joueur peut sortir avant la fin de la partie.

Selon le public, certaines structures sont plus adaptées que d’autres. L’élimination peut frustrer des débutants, tandis qu’une course claire est souvent plus facile à suivre.

4) Catch-up, snowball et gestion de l’avance

Certaines structures, plus discrètes, organisent la façon dont l’avance se creuse ou se réduit au fil de la partie.

  • Catch-up : mécanismes de rattrapage intégrés.
  • Snowball : l’avance se transforme en avantage croissant.
  • Leader bashing : la table a tendance à s’acharner sur le joueur en tête.

Ces éléments ne décrivent pas une action précise, mais une architecture d’équilibrage. Ils influencent fortement le sentiment d’équité ressenti par les joueurs.

Comment repérer une structure rapidement

Avant d’acheter ou de sortir un jeu, quatre questions simples permettent déjà d’en comprendre la structure :

  • 1) Chaque partie est-elle indépendante ou progressive ?
  • 2) Comment le temps est-il découpé ?
  • 3) Qu’est-ce qui déclenche la fin de partie ?
  • 4) Comment l’avance est-elle gérée ?

Avec ces repères, on évite déjà beaucoup de mauvaises surprises, même sans connaître toutes les mécaniques. Pour compléter cette lecture, l’article Les mécaniques de jeu apporte l’autre pièce du puzzle.

Conclusion

Les structures de jeu constituent l’ossature d’une partie : elles organisent la progression, la fin et la tension globale. Elles n’expliquent pas ce que vous faites, mais comment l’expérience se déploie.

C’est pourquoi elles sont indispensables pour comprendre pourquoi deux jeux, pourtant proches sur le papier, peuvent être vécus de façon totalement différente autour de la table.


Pour aller plus loin